03/30/2009

TRANSPORTS PUBLICS EN ILE DE FRANCE : SI ON PARLAIT ENFIN DES USAGERS ?

alepetit.jpgTransports publics en Ile-de-France : si on parlait enfin des usagers ?
Par Annick Lepetit, députée de Paris, adjointe au maire de Paris en charge des transports, des déplacements et de l’espace public.

 Les transports en commun de notre Région capitale sont à bout de souffle : ce constat est partagé par tous. Les opérateurs eux-mêmes, RATP et SNCF, le reconnaissent enfin et ne semblent plus savoir quels remèdes apporter, si l’on en croit la campagne de sensibilisation récemment lancée par la RATP dans certaines stations de métro et RER. On y lit des messages qui peuvent être interprétés, même si tel n’est pas le but, comme faisant porter aux seuls usagers la responsabilité des dysfonctionnements et des retards. Attention de ne pas se tromper de cible, à l’heure où l’on demande à nos concitoyens de participer à la lutte contre le réchauffement climatique en utilisant massivement les transports collectifs.
 
Je lis et j’entends, par ailleurs, les déclarations du Gouvernement qui alternent au quotidien entre condamnation, résignation, annonces, rétractations, critiques, promesses… Comment, là encore, l’usager peut-il s’y retrouver ? Pas moins de quatre ministres, sans compter le Premier Ministre lui-même, se relaient entre visites de terrain ou conférences de presse, chacun estimant à sa manière qu’il est urgent d’agir, ne proposant pour autant aucune solution concrète et condamnant les élus locaux pour leur soi disant immobilisme.
 
Si immobilisme il y a eu, c’est bien celui de l’Etat qui, pendant des années, a eu la responsabilité des transports en Ile-de-France et a laissé les opérateurs développer une logique industrielle et commerciale où l’usager n’était pas au coeur des priorités. Ce désengagement politique s’est accompagné d’un double désengagement financier avec, entre 2002 et 2006, une baisse de 48% de l’ensemble des crédits d’Etat consacrés aux transports collectifs et avec une décentralisation du STIF[1] pour laquelle les transferts de crédits ont été sous-évalués.
 
Cet immobilisme se poursuit à plusieurs niveaux. Le volet francilien du Plan de relance du Gouvernement est quasiment muet sur les transports collectifs qui, selon les termes mêmes du Préfet de Région, n’entrent « pas dans la logique du plan de relance mais, sur le plus long terme ». Les Franciliens apprécieront le long terme…. Christian Blanc travaille de son côté dans le plus grand secret à un vaste plan (un de plus !) pour notre région dont les transports seraient l’axe fondamental. Il remet de mois en mois la présentation de sa proposition ; pendant ce temps, pas une réponse de l’Etat quant à sa participation au financement des transports en Ile de France. Quant au Grenelle de l’Environnement, les Français découvriront bientôt que le Grenelle 2, pas plus que le Grenelle 1, ne dégage de piste pour améliorer les transports en commun.
 
On a le sentiment d’être face à une stratégie qui consister à aller d’annonce en promesse, destinée à repousser encore et encore le passage à l’action.
 
Ce sont les usagers qui, au final, pâtissent de cette irresponsabilité de l’Etat et les collectivités locales mettent aujourd’hui les bouchées doubles pour rattraper le retard pris : la Ville de Paris a augmenté de plus de 60% son budget depuis qu’elle siège au Conseil d’administration du STIF et Paris supporte désormais à plus de 30% le coût de fonctionnement des transports sur l’ensemble de l’Ile-de-France[2].
 
Notre réseau approche de la saturation. Les lignes de RER, qui irriguent la petite et la grande couronne, n’ont pas bénéficié de l’attention et des efforts d’investissement qui auraient du être déployés au cours de ces vingt dernières années. Plusieurs lignes de métro ont atteint un taux de charge supérieur à 90% de la capacité offerte, voire supérieur à 95% pour trois d’entre elles, et nous savons qu’il n’y a plus aucune marge de manœuvre pour augmenter le nombre de train par heure. La ligne 13 du métro, pour l’amélioration de laquelle je me bats depuis que je suis élue députée, et que j’ai surnommé « Cosette », en est l’exemple le plus criant puisque son taux de charge atteint par endroits 111% de sa capacité[3].
 
De nombreux efforts ont été entrepris par le STIF depuis 2006, suite au retrait de l’Etat, pour améliorer et renforcer l’offre de transport. Les usagers le perçoivent bien avec les bus de nuit, le développement du tramway, le métro qui fonctionne plus tard le week-end, les nouvelles navettes Voguéo, etc …
 
Pour autant, le retard qui a été pris est tel qu’il nous faudra plusieurs années pour le rattraper, d’autant que la demande de mobilité de nos concitoyens ne cesse d’augmenter et de se diversifier (les trajets hors domicile travail représentent aujourd’hui près de 80% de la totalité des déplacements). Cette demande devient une exigence, et ce pour trois raisons : les réseaux de transports collectifs sont l’armature de l’aménagement du territoire, le moyen de maintenir le dynamisme économique de notre Région et donne du sens au Paris Métropole que Bertrand Delanoë, le Maire de Paris, a initié. Ils sont aussi l’outil de la mobilité durable et le moyen de développer des déplacements respectueux de l’environnement. Enfin, et surtout, ils sont le socle de la liberté d’aller et venir, ce droit fondamental ne devant pas être réservé à ceux qui peuvent supporter le coût de possession d’une voiture individuelle.
 
Pour répondre à cette impérieuse nécessité, c’est un investissement massif en faveur des transports collectifs qu’il faut engager dès maintenant. Sous l’impulsion de Jean-Paul Huchon, Président de la Région Ile-de-France, les chantiers à mener sur les dix années à venir ont été identifiés, évalués et présentés à Jean-Louis Borloo par l’ensemble des départements franciliens et la Ville de Paris, il y a maintenant neuf mois, dans un grand plan de mobilisation pour les transports en Ile de France.
 
Pourquoi le Président de la République ignore-t-il cette mobilisation sans précédent, lui si prompt aux annonces incessantes sur l’état d’urgence des transports en Ile-de-France ? Comment assumer de telles contradictions au risque de rendre la parole publique illisible et de faire perdre toute confiance à nos concitoyens ? Il faut en finir avec cette attitude qui met à mal l’avenir de notre Région capitale et qui révèle, par ailleurs, un profond mépris tant à l’égard des élus locaux que des usagers.
 
Quelques chiffres
 
L’Etat a financé à hauteur de :
36% le tramway de Strasbourg,
27% celui de Marseille,
67% celui de Saint-Etienne,
16% celui de Paris (le T3) dans sa partie Sud. Il ne participe pas à son prolongement dans sa partie Est et Nord jusqu’à la Porte de la Chapelle, et ce alors que l’agglomération parisienne concentre les ¾ des déplacements en transports en commun de l’ensemble des agglomérations françaises.
 
[1] Le Syndicat des Transports d’Ile-de-France.
[2] La participation financière de Paris au budget du STIF s’est élevée à plus de 330 M€ pour l’année 2008.
[3] Un taux de charge de 100% correspond à quatre personnes par mètre carré.