05/11/2009

TRANSPORTS EN ILE DE FRANCE : ANALYSE D’ANNICK LEPETIT

exclamation.pngLe développement des transports en commun figure comme un axe majeur du Grand Paris présenté par Nicolas Sarkozy il y a maintenant une dizaine de jours.
Face aux besoins croissants de mobilité de nos concitoyens dans une région comme la nôtre, et face au désengagement continu de l’Etat dans ce domaine au cours de ces dernières années, c’était bien la moindre des choses !

Le soir même du 29 avril,…suite aux annonces du Chef de l’Etat, je me suis exprimée sur le montant des projets qui ont été annoncés, montant qui suscite, selon moi, un certain nombre de questions. D’autres interrogations subsistent encore aujourd’hui, je vais y revenir.

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Concernant les transports, je retiens deux choses de ce qu’a annoncé le Chef de l’Etat : d’une part un projet d’infrastructure nouvelle par métro automatique, qui aura vocation, à terme, à relier les grands pôles économiques de la Région Ile-de-France ; d’autre part la reprise des différents projets portés par les élus franciliens dans le cadre du Plan de Mobilisation initié par Jean-Paul Huchon, Président de la Région Ile-de-France.
Le Chef de l’Etat, et c’est heureux car c’était bien là notre crainte, n’a pas balayé d’un revers de la main les projets sur lesquels nous travaillons depuis maintenant 11 mois.

Quels sont-ils ?

Tout d’abord répondre aux urgences en désaturant la ligne 13 du métro et en rénovant les RER. Ensuite améliorer le quotidien des usagers en accélérant la création de nouvelles liaisons avec les tangentielles et le développement des tramways. Enfin, réaliser les grandes infrastructures d’avenir avec la construction d’Arc Express autour de Paris et le développement des liaisons entre St Lazare et la Défense, notamment par le prolongement d’Eole vers l’Ouest.
Nous disposons donc désormais, si je comprends bien les annonces qui ont été faites, d’un soutien de l’Etat pour la réalisation de ces projets.
Nous avons aussi la perspective, enfin dévoilée, du « Grand Huit » sur lequel avait travaillé Christian Blanc, Secrétaire d’Etat chargé du développement de la Région Capitale.
Pour autant, et au risque de rompre avec une première vague d’optimisme généralisé, il convient, à mon sens, de faire preuve de réalisme face à un sujet qui touche le quotidien de plusieurs millions de Franciliens.

A ce titre, j’ai plusieurs interrogations.

La première question que je me pose : pourquoi avoir fait attendre aussi longtemps les élus en les plaçant dans un climat d’incertitude les empêchant de faire avancer les chantiers ? Pourquoi avoir fait attendre si longtemps les usagers qui ne demandent qu’une chose : la mise en service des projets ?

Ma seconde question porte sur le chiffrage annoncé par Nicolas Sarkozy : 35 Mds€, destinés à financer les projets du Plan de Mobilisation, chiffrés à 18,6 Mds€, et le projet de métro automatique à hauteur de 21 Mds€. De la bouche même de Nicolas Sarkozy, « il ne s’agit pas de retrancher, il s’agit d’ajouter ».
Or, si j’ajoute les 2 montants, j’arrive à … 39,6 Mds€ ! Sans faire de calculs très poussés, le compte n’y est pas : nous avons un différentiel de 4,6 Mds€, dont l’Etat ne nous a toujours pas précisé à quoi ils correspondent.

Ma troisième interrogation porte sur les sources de financement : comment dégager autant d’argent en si peu de temps, surtout lorsque rien n’est dit sur une quelconque évolution du versement transport et lorsque est annoncée une tarification unique sur l’ensemble du réseau, dont on ne sait pas, concrètement, comment elle pourrait être financée ?
Les sources de financement existent, nous le savons. Je les avais d’ailleurs rappelées au Ministre Jean-Louis Borloo, lorsqu’il avait reçu l’ensemble des élus franciliens le 9 juillet dernier. J’avais également proposé de les intégrer dans le projet de loi Grenelle I, qui aurait été une excellente occasion de faire avancer les choses.
Voici maintenant que le Chef de l’Etat confie une mission dans ce sens à Monsieur Gilles Carrez, dont je ne doute pas de la bonne volonté, mais dont je doute qu’elle nous fasse gagner du temps.
Et ce d’autant plus qu’en matière de financement, Christian Blanc a exclu le recours au PPP (partenariat public/privé), pourtant annoncé par le Chef de l’Etat 3 jours auparavant. Que de contradictions au sein du Gouvernement !

Pour terminer, je souhaite faire part de mon scepticisme sur le sujet de la Gouvernance.
Nicolas Sarkozy a annoncé un projet de loi pour le mois d’octobre, qui aura vocation à fixer les modalités de maîtrise d’ouvrage et de financement des projets de transport.
Ses propos sont restés très flous, mais Christian Blanc est allé plus loin en confirmant la création d’un établissement public ad hoc.
Alors même que le Chef de l’Etat n’a de cesse de pointer du doigt le mille – feuilles administratif de notre pays, je constate que ce qu’il critique pour les uns ne vaut pas pour les autres.
On s’oriente en effet vers la création d’une nouvelle structure dont le rôle futur pourrait, et même devrait, si l’on reste cohérent, être assuré par le STIF, dont je rappelle qu’il peut, depuis sa décentralisation, assurer la maîtrise d’ouvrage des projets de transport.
Plutôt que de créer un nouvel établissement public, il serait plus logique et cohérent de pousser à son terme la décentralisation du STIF initiée sous le Gouvernement Raffarin par la loi du 13 août 2004, en lui donnant des moyens financiers à la hauteur des enjeux, ce qui est loin d’avoir été fait.

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Pour conclure, je dirais donc que tout cela reste encore bien flou, manque parfois de cohérence et laisse entrevoir des promesses dont je doute qu’elles pourront toutes être tenues.
Pour autant, prenons acte et profitons-en pour rappeler que si le Chef de l’Etat veut prendre des engagements concrets pour développer les transports à Paris et en Ile-de-France, il est le bienvenu pour s’associer au projet d’extension du T3 vers la Porte d’Asnières !

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