11/22/2010

SOUTENIR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Nous avons débattu cette semaine à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi socialiste visant à garantir la liberté des médias, fondement de notre démocratie et de notre République.

La liberté de la presse est en effet de plus en plus malmenée dans notre pays. La preuve la plus éclatante est notre place calamiteuse au classement 2010 de Reporters Sans Frontières : 44ème. Juste derrière la Papouasie Nouvelle Guinée, très loin de la Norvège ou du Mali. Le recul subi depuis que la droite est revenue au pouvoir est impressionnant puisque nous étions encore à la 11ème place en 2002.

Si des pressions politiques exercées sur les journalistes sont de plus en plus fortes et nous en avons un sinistre exemple avec l’affaire Woerth/Bettancourt, l’indépendance des rédactions est aussi remise en cause par le pouvoir économique. En effet, l’une des particularités du paysage médiatique français est que de grands groupes industriels et financiers, très éloignés des enjeux de l’information et des médias, possèdent la plupart des titres de presse écrite ou audiovisuelle. Du constructeur Bouygues, propriétaire de TF1, à Serges Dassault, sénateur UMP fabriquant d’armes et propriétaire du Figaro, en passant par Les Echos, acheté par le groupe de luxe LVMH, ou Le Journal du Dimanche, appartenant au groupe Lagardère, rares sont les médias à n’avoir pas encore été rachetés par une grande entreprise.

De nombreux journalistes se sont publiquement exprimés pour dénoncer les conséquences de ce mélange des genres : suppressions d’articles qui pourraient déplaire aux clients de l’entreprise mère, mise sous silence d’informations mettant en cause les amis du propriétaire, voire diffusion d’informations commanditées directement par l’Elysée, comme nous l’a montré le Figaro avec l’affaire Bettencourt.

Nous avions déjà proposé il y a un an une loi pour lutter contre la concentration dans les médias. L’UMP l’avait évidemment repoussée. Cette fois-ci, nous avons voulu défendre directement l’indépendance des rédactions en dotant chaque entreprise de presse soit d?une équipe rédactionnelle autonome et permanente, soit d?une société de journalistes. Ces deux structures seraient dotées de pouvoirs, notamment en cas de changement d?actionnaires. Elles disposeraient notamment du droit de s?opposer à la désignation du directeur de la rédaction. Elle permettrait aux journalistes d’être plus forts face à leurs actionnaires au moment de faire appliquer les chartes déontologiques de leur profession.

La presse n’est pas un marché comme les autres. C’est un secteur fondamentale pour la bonne santé démocratique d’un pays, puisqu’en diffusant l’information elle aide les citoyens à se forger leur propre vision du monde. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Etat verse chaque année plus d’un milliard d’euro aux entreprises de presse, pour soutenir leur indépendance.

Mais comme à chaque fois que l’on veut défendre les intérêts de la démocratie face aux intérêts des grands groupes financiers, la droite choisi le parti de l’argent. C’est donc sans surprise qu’elle voterera contre notre texte demain mardi.