06/01/2010

SNCF, RATP : LE DOUBLE DISCOURS DU GOUVERNEMENT ÉPINGLÉ

À force d’employer sans cesse un double discours, le Gouvernement vient de se faire prendre à son propre jeu. Ce lundi, le journal Les Echos nous a en effet appris deux nouvelles qui se rejoignent étroitement. La Commission Européenne s’est d’une part attaquée à la SNCF en demandant que cette entreprise publique devienne une Société anonyme, ce qui constitue toujours une première étape vers la privatisation. D’autre part, elle remet en cause la récente prolongation du monopole de la RATP et de la SNCF sur les transports franciliens.

Dans les deux cas, il s’agit de la suite logique de la politique de libéralisation des marchés menée depuis des années par les libéraux et la droite européenne. Or la droite française a toujours soutenue cette ligne politique. Le Gouvernement et les députés européens de l’UMP ont voté toutes les directives visant à ouvrir les marchés à la concurrence et à casser les services publics. Mais ils n’ont jamais assumé à Paris les positions qu’ils prennent à Bruxelles.

Deuxième acte de ce jeu de dupe, le Gouvernement a fait voter fin 2009 la loi relative à l’organisation et à la régulation des transports ferroviaires. Avec les députés socialistes, je m’étais déjà élevée à l’époque contre ce texte qui annonçait l’ouverture à la concurrence du marché du rail et les privatisations qui en découlent. A quelques mois des élections régionales, le gouvernement avait voulu se montrer rassurant envers les nombreux salariés des entreprises publiques. Il a donc offert à la RATP les infrastructures de transport, spoliant au passage le Syndicat des Transports d’Ile-de-France d’une grande partie de ses actifs évalués à plusieurs milliards d’euros, et prolongé son monopole sur les transports franciliens, ainsi que celui de la SNCF, jusqu’en 2039 pour ce qui relève du métro, du RER et des trains de banlieue.

Aujourd’hui, le Gouvernement se retrouve au pied du mur. La Commission Européenne vient tout simplement de lui rappeler que le discours protecteur envers les entreprises publiques qu’il tient à Paris ne correspond pas du tout aux positions libérales qu’il défend à Bruxelles. Qu’il ne peut pas demander aux autres pays d’ouvrir leur marché sans ouvrir le sien en contre-partie. Qu’il ne peut pas organiser la « concurrence libre et non faussée » rêvée des libéraux en gardant des entreprises soutenues par la puissance publique. Bref, le discours idéologique de la Commission reste le même. La droite refuse de comprendre que la libéralisation à outrance de tous les marchés et la casse systématique de toutes les entreprises publiques n’est pas la solution aux problèmes, mais leur cause.

L’agitation sans conviction des ministres ces jours-ci ne vise qu’à rassurer les français. Le Gouvernement a défendu ces positions libérales hier à Bruxelles et il continuera de le faire. Comme avec la Poste il y a quelques mois, il sera heureux demain d’emmener nos entreprises publiques sur la voie de la privatisation.