12/05/2013

Prostitution : sortir de la fatalité

Ce mercredi, l’Assemblée nationale a fait un pas de plus vers l’abolition de la prostitution dans notre pays. En adoptant la proposition de loi socialiste qui a tant fait parler d’elle ces dernières semaines, nous avons posé un acte fondateur.

Aujourd’hui, la réalité de la prostitution est que dans plus de 90% des cas, ces personnes appartiennent à des réseaux internationaux qui achètent, vendent et mettent sur le trottoir des êtres humains. Au Nigeria, en Roumanie, en Chine et dans tant d’autres pays, des personnes  deviennent des marchandises. Elles sont frappées, violées, asservies, transportées de villes en villes à travers l’Europe puis, enfin, forcées à enchainer les passes pour enrichir leurs propriétaires. Nous sommes bien plus proches de l’esclavage moderne que d’une image glamour ou d’une pseudo liberté sexuelle.

 

Retrouvez le discours de Najat Vallaud-Belkacem à l’Assemblée >>

Désormais, la loi, l’État, la société toute entière, reconnaitra que les personnes qui sont amenées à se prostituer sont avant tout des victimes du système qui les exploitent. En tant que victimes, elles ont le droit au soutien de la collectivité pour sortir de leur situation de détresse.

C’est ce que propose cette loi en permettant aux services sociaux et aux associations de prévenir plus efficacement l’entrée dans la prostitution, de faire de la veille sanitaire et surtout de proposer des parcours de sortie de la prostitution, à travers un accompagnement social et professionnel des personnes prostituées.  Des moyens supplémentaires seront mis en place pour lutter contre les trafics, protéger et soutenir les personnes qui voudront sortir de la rue et témoigner contre ces mafias.

Car nous n’avons pas cherché à simplement énoncer des principes qui perdraient toute consistance une fois sortis de l’hémicycle. Notre objectif est d’améliorer concrètement la situation de dizaines de milliers de personnes qui pourront demain recevoir l’appui dont elles ont besoin.

Ce texte vise également de tarir à la source le « marché » que représente la prostitution. D’abord par l’éducation et la prévention, afin que les éventuels futurs clients comprennent qu’on ne consomme pas le corps d’une autre personne comme n’importe quel objet. Ensuite en responsabilisant les clients par la création d’une interdiction d’achat d’un acte sexuel. Parallèlement, nous supprimons le délit de racolage passif qui, depuis dix ans, a précarisé les prostitués en en faisant des délinquants, sans régler aucun des problèmes posés.

Quand on sait qu’il y a dix fois plus de personnes prostituées en Allemagne, pays qui a légalisé la prostitution, qu’en France, on voit à quel point la loi et l’image que la société donne à ce phénomène peut jouer sur son ampleur. C’est pourquoi nous avons refusé la fatalité, repoussé la facilité du statu quo et assumé pleinement notre combat contre l’une des plus vieilles et des plus insupportables violences qui peut être fait à un être humain.