11/01/2012

L’OUBLI DES GRANDS PATRONS

L’appel des grands patrons au Président de la République a le mérite de faire du bruit mais sera-t-il entendu? Ce que nous savons, c’est que les dirigeants des plus grandes entreprises privées regroupés au sein d’une association (Afep) ne découvrent pas le dialogue avec le chef de l’Etat et ses ministres puisqu’ils ont été plusieurs fois reçus à l’Elysée et à Matignon ces trois derniers mois.

L’occasion pour eux d’exprimer leur inquiétude mais aussi leurs propositions pour redresser la France. Visiblement, cela ne leur a pas suffit puisqu’ils décident de publier dans la presse (le JDD du 28/10/12) leurs préconisations pour relancer la croissance et l’emploi traduisant, selon eux, leur « ambition pour la France…dans un esprit de dialogue ».

Ce qui nous intéresse d’abord c’est leur préambule qui sonne de façon cinglante le bilan de la majorité sortante. Écoutons les : « La France affiche un déficit sans précédent de son commerce extérieur, de ses paiements courants, de ses finances publiques et de ses comptes sociaux. Les marges de nos entreprises sont historiquement basses. Le chômage sape la cohésion sociale et exclut notre jeunesse. » Voilà le constat qu’ils jugent urgent aujourd’hui de déclarer mais qu’ils ont sans doute oublier de communiquer il y a cinq mois.

En applaudissant cette initiative, Jean François Copé, l’actuel chef de l’UMP, qui n’en rate jamais une, s’exclame avec tambour et trompette « c’était le programme de Nicolas Sarkozy » et explique  :  » Nous avions clairement indiqué aux Français qu’ayant fait l’essentiel des hausses d’impôts, nous allions nous atteler à la baisse des dépenses publiques » Mais quel aveu monsieur Copé!Car c’est vrai, en cinq ans vous avez augmenté tous les impôts sur les ménages (CSG, TVA, taxes). Le seul que vous avez baissé – en pleine crise – c’est l’ISF, distribuant ainsi 2 milliards d’euros au 1% des Français les plus fortunés.

C’est vrai aussi qu’en cinq ans vous n’avez pas baissé les dépenses publiques comme vous l’avez autant claironné. Elles ont évolué de 1,7% entre 2007 et 2012.

C’est une constante à droite de dire qu’il faut baisser les dépenses publiques sans le faire. Durant le second mandat de Chirac, entre 2002 et 2007, sous les gouvernements Raffarin et Villepin, elles ont évolué de 2,3%.

C’est donc au gouvernement de la gauche qu’il revient de s’attaquer courageusement a l’impôt le plus injuste, celui que chaque français hérite à la naissance. C’est pourquoi le gouvernement Ayrault programme une évolution de 0,7% sur cinq ans.

Ainsi, pour la première fois, l’Etat va réaliser 50 milliards d’euros d’économie en baissant ses dépenses. C’est un effort considérable, qui ne s’est jamais fait et c’est la gauche qui le met en œuvre.

Puisque dans leur pétition, les grands patrons demandent 60 milliards d’euros d’économies, j’estime qu’ils ont la réponse. Mais ce n’est pas tout. Ensuite, ils veulent aussi, pour leurs entreprises, une baisse du « coût du travail » d’au moins 30 milliards d’euros sur deux ans avec un transfert financé pour moitié par un relèvement de la TVA de 19,6% à 21%. C’est ce qu’avait décidé, sous Sarkozy, le gouvernement Fillon soutenu par monsieur Copé! Ils avaient prévu une augmentation de la TVA de 10,6 milliards d’euros pour compenser la baisse du « coût du travail » de 2% qu’ils ont accordé aux entreprises.

Nous avons combattu la TVA sociale et les Français nous ont donné raison.

Enfin, pas une seule fois la pétition des grands patrons ne parlent des salariés et de l’emploi. Sauf au détour d’une phrase où ils déclarent soutenir les contrats de génération. Merci de reconnaître et d’approuver l’idée phare que François Hollande a mis au cœur de son programme. Le dialogue social entre les partenaires sociaux est en cours, nous verrons donc si les organisations patronales retrouveront la mémoire.