10/19/2010

LES CENTRES DE CONSOMMATION DE DROGUES FONT DÉBAT EN CONSEIL DE PARIS

La toxicomanie est un sujet difficile et complexe, fondé sur la détresse et la souffrance des consommateurs, de leurs familles et de leurs amis. C’est un sujet qui nourrit de nombreux fantasmes chez ceux qui ne voient cette question que de loin. C’est pourquoi mettre en place une politique pragmatique est aussi difficile que nécessaire.

La politique de réduction des risques a connu les mêmes résistances à ses débuts. On reprochait déjà à ceux qui voulaient distribuer des seringues stériles et mettre en place des programmes de substitution d’encourager la consommation de drogue. Il a fallu du temps, mais aujourd’hui rares sont les personnes qui remettent en cause cette politique.

Les centres de consommation à moindres risques pour les usagers de drogues sont une étape supplémentaire de cette politique de réduction des risques. Bien que ce principe soit expérimenté avec succès depuis plusieurs années dans plus de 40 villes, la France a longtemps été réfractaire à cette idée.

Il a fallu tout le courage et la volonté de militants connaissant parfaitement la situation sur le terrain pour enfin lancer le débat. Le 19 mai 2009, le premier centre de consommation parisien a été ouvert par les associations ASUD, SOS Hépatites, Anitea, Gaia, Act-Up, Safe et salledeconsomation.fr. Je leur ai fait part de tout mon soutien et je les ai encouragé à poursuivre sans relâche leur travail de pédagogie.

Je suis heureuse de voir le chemin parcouru en à peine 18 mois. En décembre dernier, le Conseil de Paris s’est donné les moyens de la réflexion en votant une subvention de 26 000 € à l’association Élus, Santé Publique et Territoires. Après un an de travail mené par des personnes de tous bords, un séminaire a été organisé à l’Hôtel de Ville démontrant la rigueur du travail effectué, comme l’a souligné Jean-François Legaret, Maire UMP du 1er arrondissement de Paris.

En revanche, comparer l’ouverture des salles de consommation à moindres risques pour les usagers de drogues à la réouverture des maisons closes, comme l’a dit Vincent Roger, élu du 4ème arrondissement est tout à fait inacceptable. Je ne savais pas que les prostituées, pour la plupart victimes de trafics internationaux, étaient addictes !

Les effets bénéfiques des centres de consommations pour les toxicomanes, comme pour le reste de la société, sont démontrés. Ils permettent de réaliser des injections dans des conditions sanitaires limitant les risques de contaminations virales ou bactériennes, ce qui est une nécessité face aux épidémies de SIDA et d’hépatites C. La présence de personnels hospitaliers et des travailleurs sociaux permet d’enclencher une démarche de soin qui constitue bien souvent une première étape vers l’abstinence. D’autant plus que les personnes qui fréquentent ces centres sont le plus souvent marginalisées et très éloignées des structures de soin. Contrairement aux fantasmes véhiculés par leurs opposants, ces centres n’incitent pas à la consommation de drogues et n’entraînent pas une recrudescence de violence à leurs abords, c’est même le contraire.

Mais il nous faut bien constater qu’un projet de ce type fonctionne mieux avec le soutien de l’État. J’ai adressé il y a plus d’un an une question écrite à la Ministre de la Santé, Roseline Bachelot. Elle ne m’a certes toujours pas répondu, mais au moins s’est elle exprimée clairement, au mois de juillet dernier, pour l’expérimentation des salles de consommation de drogue.

Malheureusement, le Premier ministre a tout de suite fermé la porte. Il refuse d’emblé de prendre en compte la réalité vécue par les personnes sur le terrain, les travailleurs sociaux, les associations, les élus, mise en lumière par de nombreuses études scientifiques, et se réfugie derrière l’idée fausse que « les français ne comprendraient pas ». Les français peuvent comprendre, mais encore faut-il avoir le courage de leur expliquer. Ce sujet complexe nécessite de la pédagogie, ce que ne permet pas la fin de non recevoir du gouvernement. Au moment où l’INSERM publie une étude complète démontrant l’efficience des salles de consommation, au moment où de nombreux chercheurs et Prix Nobel du monde médical demandent, à travers la Déclaration de Vienne, que les gouvernements de tous les pays modifient en profondeur notre approche de la toxicomanie, le gouvernement français est particulièrement en retard. Espérons que ce débat l’aidera à avancer.