02/23/2011

LE PRIX DE L’INDÉCENCE

135.500.000.000 $ : c’est ce qu’ont touché en salaires et bonus les employés des 25 plus grandes banques de Wall Street. Et non, il n’y a pas d’erreur dans le nombre de zéros!

135,5 Milliards de dollars, c’est l’équivalent de 2 fois ce que rapporte l’impôt sur le revenu en France. C’est aussi 4,5 fois la somme nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde. Ce n’est même plus indécent ou scandaleux, c’est encore au dessus, à la limite du concevable.

Durant la dernière décennie, les banques, assurances, fonds de pensions et autres hedge funds ont fait croître les marchés financiers à un niveau totalement déconnecté de la réalité. 700.000 Md$ sont ainsi actuellement en circulation alors que le PIB mondial ne s’élève qu’à 60.000 Md$. Plus les traders faisaient gagner de l’argent à leur entreprise, plus leurs bonus augmentaient.

Des techniques de plus en plus sophistiquées ont été imaginées pour faire toujours plus d’argent avec de l’argent, même s’il n’y avait rien de concret derrières. Des ordinateurs sont désormais capables d’effectuer en une minute 2,8 millions d’opérations de vente ou d’achat d’actions quasi automatiquement. Voilà le résultat des 25 ans de dérégulation du secteur bancaire et financier voulus par les libéraux.

La crise est venue mettre un coup d’arrêt à ce casino géant. Les banques ont alors expliqué aux Etats que, si elles coulaient, l’économie mondiale coulerait avec elles. En somme, que leur inconscience et leur avidité nous avaient tous menés au bord du chaos. Les Etats, pourtant jadis décriés comme étant la cause de tous les problèmes, ont donc sorti leurs chéquiers pour réparer ce qui pouvait l’être. Avec de l’argent public, celui des contribuables de quasiment tous les pays du monde. L’Union Européenne a chiffré cet effort pour notre continent à 4.589 Md€…

Les discours les plus grandiloquents ont alors été entendus. Nicolas Sarkozy nous promettait qu’après la crise, plus rien ne serait pareil. Qu’il allait changer le système mondial à lui tout seul, amener plus de régulation, faire payer les coupables… Les banquiers juraient qu’ils avaient compris et qu’on ne les y reprendraient plus.

Sauf que les Etats ont payé à crédit. Pour sauver la finance mondiale, ils ont emprunté sur les marchés les sommes nécessaires, faisant exploser leurs déficits et leurs dettes. Et ce sont ces mêmes marchés financiers qui viennent aujourd’hui baisser les notes de la Grèce ou de l’Espagne, en expliquant à tous les gouvernements qu’ils ont trop dépensé et qu’il faut maintenant réduire leurs budgets consacrés aux chômeurs, à l’éducation ou à la santé.

Le cynisme n’a donc pas de limite. Ils ont provoqué une crise financière payée par les contribuables, puis une crise économique qui fait des millions de chômeurs à travers le monde. Ils ont prêté aux Etats l’argent qui leur a servi à s’en sortir et font maintenant des bénéfices sur les intérêts. Tout ça pour retrouver les pratiques d’avant la crise et s’octroyer des revenus insensés, en faisant de nouveau courir des risques à l’économie mondiale.

En France la situation n’est pas très différente. Nous savons que les entreprises du CAC 40 ont dégagé des bénéfices historiques en 2010. Surtout les banques. 56 Md€ pour les 26 entreprises qui ont déjà fait connaître leur résultats, contre 46 Md€ pour l’ensemble du CAC l’année dernière. Plus de la moitié de la somme sera reversée aux actionnaires. Pendant ce temps, les salaires n’ont évidemment pas bougé et le chômage continue de progresser.

Finalement, la seule chose qui a changé, c’est que les gouvernements sont aujourd’hui encore plus affaiblis, à cause de la dégradation de leurs finances publiques, et incapable de dire stop à ceux qui nous envoient dans le mur tout en se remplissant les poches.