02/07/2012

LE GOUVERNEMENT CLAQUE LA PORTE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE

Voici le compte rendu in extenso des services de l’Assemblée Nationale de la séance des questions d’actualité du 7 février 2012.


M. le président de l’Assemblée Nationale : La parole est à M. Serge Letchimy, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.

M. Serge Letchimy: Monsieur le Premier ministre, nous savions que pour M. Guéant, la distance entre immigration et invasion est totalement inexistante, et qu’il peut savamment entretenir la confusion entre civilisation et régime politique.

M. Christian Jacob (Président du groupe UMP): Manipulateur !

M. Serge Letchimy: Ce n’est pas un dérapage, c’est une constante, parfaitement volontaire. En clair : c’est un état d’esprit et c’est presque une croisade.
Monsieur Guéant, vous déclarez du fond de votre abîme sans remords ni regrets que toutes les civilisations ne se valent pas. Que certaines seraient plus avancées, voire supérieures.
Non, monsieur Guéant, ce n’est pas du bon sens, c’est simplement une injure qui est faite à l’homme. (Protestations sur les bancs du groupe UMP. —Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) C’est une négation de la richesse des aventures humaines. C’est un attentat contre le concert des peuples, des cultures et des civilisations.
Aucune civilisation ne détient l’apanage des ténèbres ou de l’auguste éclat. Aucun peuple n’a le monopole de la beauté, de la science, du progrès ou de l’intelligence. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)
Montaigne disait : « Chaque homme porte la forme entière d’une humaine condition. » J’y souscris. Mais vous, monsieur Guéant, vous privilégiez l’ombre. Vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration, au bout du long chapelet esclavagiste et colonial. (Très vives exclamations sur les bancs du groupe UMP. « Voyou ! », « Honteux ! », « Scandale ! » des mêmes bancs.)
Monsieur Guéant, le régime nazi, si soucieux de purification, était-ce une civilisation ? (Les députés du groupe UMP se lèvent et invectivent l’orateur — M. le Premier ministre et les membres du Gouvernement se lèvent et quittent l’hémicycle.)

M. le président:  Mes chers collègues, veuillez vous calmer !

M. Serge Letchimy: La barbarie de l’esclavage et de la colonisation, était-ce une mission civilisatrice ? (Huées sur les bancs du groupe UMP.) Il existe, monsieur le Premier ministre, une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque. Que vous comptiez la récupérer, avec les thèmes du Front national, c’est un jeu dangereux et une démagogie inacceptable !
(Le tumulte couvre progressivement les propos de l’orateur qui deviennent inaudibles.) Il existe une autre France, celle de Montaigne, de Condorcet, de Voltaire, de Césaire, et d’autres encore. Une France qui nous invite à la reconnaissance de chaque homme dans son identité et dans sa dignité. (Les députés du groupe SRC et certains députés du groupe GDR se lèvent et applaudissent.)

M. le président: Merci monsieur Letchimy. Mes chers collègues, je vous prie de vous calmer.

Cette intervention appelle-t-elle une réponse du Gouvernement ?… (« Non ! » sur les bancs du groupe UMP.)

La séance des questions au Gouvernement est terminée.