11/07/2011

LAÏCITÉ : PARLONS EN

La laïcité est une valeur fondatrice et un principe essentiel de la République. Depuis la loi séparant l’Eglise et l’Etat de 1905, elle place toutes les convictions spirituelles sur un pied d’égalité, tout en protégeant la liberté de conscience de chacun. Nous devons cependant être vigilants car elle est encore aujourd’hui confrontée à des revendications culturelles et religieuses souvent d’ordre identitaire.

Depuis 2007, c’est paradoxalement le premier garant de la laïcité, le Président de la République lui-même, qui lui a porté les coups les plus violents. En considérant tout d’abord que “l’instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur” puis en célébrant a grand bruit les racines chrétiennes de la France tout en prenant quelques libertés personnelles avec l’Histoire.

Par la suite, il a cherché à instrumentaliser les religions à des fins de basse politique en ciblant principalement les musulmans. Loi sur le voile intégral, grand débat national qui vire au déballage xénophobe, colloque de l’UMP qui attise les flammes au lieu d’apaiser les tentions, la droite est aller de plus en plus loin cherchant a opposer les uns contre les autres.

Aujourd’hui, c’est le ministre de l’Interieur, Claude Guéant, qui publie un recueil des textes officiels concernant la laïcité et fait organiser par les préfectures des « Conférences départementales de la laïcité et de la Liberté religieuse ».  Une fois encore, l’UMP met en avant son incapacité à traiter les sujets complexes de manière intelligente, moderne et consensuelle.

Au contraire, nous devons parler de laïcité, de religions, du fondement de notre civilisation, de notre Histoire et de ses mutiples strates. La connaissance en ce domaine demande de la rigueur et de l’exigence, elle permet de mieux comprendre pour mieux se situer. Ces questions ne doivent en aucun cas être tabou.

Vous trouverez ci-dessous une lettre ouverte de mon collègue Jean Glavany, député socialiste des Hautes Pyrénées, au Ministre de l’Intérieur. Il explique avec pédagogie pourquoi les termes utilisés qui illustrent la pensée gouvernementale, posent problème à tous les républicains attachés, comme moi, à la laïcité et à sa liberté.


Lettre ouverte à Monsieur GUEANT, Ministre de l’Intérieur

Paris, le 2 novembre 2011

Monsieur le Ministre,

Vous venez, coup sur coup de publier un « code de la laïcité et de la liberté religieuse » et de demander aux Préfets de créer et réunir dans chaque département une « Conférence départementale de la laïcité et des libertés religieuses ».

Sur la forme, publier un code – qui n’en est d’ailleurs pas un mais plutôt un recueil… je vous rappelle que seul le Parlement peut se livrer à un exercice de codification – ou bien convoquer des conférences départementales sur ces sujets, aurait pu réunir un consensus républicain.

C’est sur le fond que vos initiatives posent un grave problème. Le fond révèlé par ce titre qui commence bien, la « laïcité » et finit mal, très mal, avec cette « liberté religieuse ».

Comme je vous l’ai dit il y a quelques mois dans l’hémicycle lors du débat parlementaire sur l’interdiction du voile intégral dans les lieux publics, ce concept de « liberté religieuse » n’existe pas dans le droit français. Il a toujours été rejeté par les républicains qui lui ont préféré, notamment dans la loi de 1905, celui de « liberté de conscience » qui est plus universel parce qu’il reconnaît la liberté de croire – ce que vous appelez la liberté religieuse – et la liberté de ne pas croire, d’être athée ou agnostique ce qui concerne la majorité de nos concitoyens d’après de récentes enquêtes.

Les républicains, dans notre droit, ont conjugué « la liberté de conscience », sans doute la plus belle de nos libertés individuelles, et le « libre exercice des cultes » dans le respect de l’ordre public. Nulle part, dans notre droit, nulle part, ce concept de « liberté religieuse » n’a eu droit de cité.

Pour être précis et au risque de vous déplaire, il y a eu, dans notre histoire, deux tentatives de reconnaissance de cette liberté religieuse : d’abord par le Maréchal Pétain et le gouvernement de Vichy, ensuite par des sectes contemporaines et, en particulier, l’église de scientologie.

Pourquoi donc relayer aujourd’hui ces tentatives et leur donner quelque aval que ce soit ? C’est pourquoi je vous demande solennellement de rebaptiser ce code et ces conférences départementales du nom de « la laïcité et la liberté de conscience ».

Dans la négative, nous serions nombreux à demander leur boycott.

Croyez, Monsieur le Ministre, à l’assurance de mes salutations les meilleures

Jean GLAVANY