06/09/2008

JDD : INTERVIEW D’ANNICK LEPETIT

logo-jdd.jpgOn reparle beaucoup des transports en Ile-de-France. Face à l’avalanche d’annonces _sur le RER A (Nicolas Sarkozy), le RER D (SNCF), la tangentielle Nord ou le métro en rocade (RATP)_, laquelle retient votre attention?
Il y a effectivement beaucoup de prises de parole sur les transports ces temps-ci. A travers ces effets d’annonces, je sens une volonté de diviser: les Franciliens contre les Parisiens, les opérateurs contre les élus, les usagers contre les cheminots… C’est une méthode qui ne m’étonne pas venant du gouvernement. Pourtant, il y a urgence à mettre en œuvre une véritable politique des transports en commun qui sont arrivés à saturation. Nous devons impérativement nous mettre autour d’une table: le Stif, les collectivités territoriales, la SNCF, la RATP et l’Etat. C’est pourquoi Jean-Paul Huchon a proposé de réunir des assises des transports, avec tous ces partenaires, le 19 juin. Il a également évalué les besoins en matière de transports publics, pour les dix ans qui viennent, à 17 milliards d’euros.
Nicolas Sarkozy veut «reprendre la main» sur le dossier du RER A, en soulevant un «problème de gouvernance en Ile-de-France»…
C’est hallucinant comme méthode! Ce n’est pas comme ça qu’on conduit une politique des transports. Le président de la République ne peut pas décider tout seul, un jour, comme ça, qu’il va aider le RER A et débrouillez-vous pour le reste. Certes, il y a des problèmes _qui ne datent pas d’aujourd’hui!_ sur cette ligne, comme sur d’autres, le D, le C, le B. Il veut que la RATP mette 250 à 300 M€ sur le RER A, tant mieux. Mais il faut savoir que le financement de l’Etat pour les transports publics a diminué de 48% en Ile-de-France depuis huit ans. C’est énorme!
Mais il faudra faire des choix parmi les différents projets en cours. Quels sont, pour vous, les dossiers prioritaires?
Pour l’instant, le STIF semble d’accord pour améliorer les RER ou la ligne 13, la plus saturée de la capitale. Parallèlement, il faut trouver un consensus sur des projets à dix ou quinze ans, comme la rocade de métro en banlieue, défendue par la RATP. A Paris, nous y sommes favorables. Mais le tracé n’est pas encore dessiné. Et des sommes colossales sont en jeu: 6 milliards d’euros.
Le prolongement du tramway des Maréchaux n’est-il pas… moins prioritaire?
N’opposons pas les projets les uns aux autres, ils sont complémentaires. Bien entendu, je me battrai pour le prolongement du T3 dont l’enquête publique vient de se terminer jusqu’à la Porte de la Chapelle (18e). Les travaux démarreront en 2009 pour une livraison en 2012… Je ferai tout pour qu’il puisse être prolongé jusqu’à la Porte d’Asnières (17e) et pourquoi pas jusqu’à la Porte Maillot, mais sans aide financière de l’Etat, ce sera difficile.
Quelle solution défendez-vous pour la ligne 13?
Un travail d’étude est lancé sur la prolongement de la ligne 14 jusqu’à Saint-Ouen (93), en passant par la Porte de Clichy. Cela permettrait de délester la 13, mais aussi de répondre aux projets d’urbanisme des terrains Cardinet-Batignolles (17e) ou de la zone Clichy-Saint-Ouen. En attendant, on vient de voter _au Stif_ la mise en place de lignes de bus pour soulager les usagers de la ligne 13.
Etes-vous favorable à la fusion de la RATP et de la SNCF en Ile-de-France, comme le propose Roger Karoutchi?
Je ne peux pas me prononcer sur toutes les propositions de Roger Karoutchi, qui doivent être de l’ordre d’une par jour. Je n’ai pas de sujets tabous, mais qu’a-t-il derrière la tête? De même quand il sous-entend qu’il faudrait re-centraliser le Stif, je suis inquiète.
Avez-vous l’intention de vous inscrire dans la continuité de votre prédécesseur Vert Denis Baupin? Quelles seront les différences entre lui et vous?
Je ne vais pas marcher dans ses pas, sans pour autant me démarquer radicalement de sa politique. Je souhaite avant tout offrir aux Parisiens la possibilité d’avoir le choix d’utiliser des transports moins polluants comme les scooters électriques, les taxis hybrides que la Ville subventionne déjà et bien sûr la voiture propre avec Autolib’. Il y aussi des aménagements urbains mal conçu qu’il faudra rendre plus sûrs, je pense en particulier à Saint Marcel. Ma principale différence c’est de défendre tous les modes de transport propres pour que les Parisiens aient plus de choix donc de liberté pour se déplacer.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
Avec le STIF, je souhaite travailler sur un ticket unique, appelé «titre intégral de mobilité»: avec le même titre de transport, vous pourrez accéder aux bus-métro-tram, mais aussi à Voguéo _la navette fluviale qui doit être inaugurée le 28 juin_, à vélib’, à autolib’, aux parking publics et peut-être aux taxis.
Quelles sont vos intentions pour les couloirs de bus?
Notre urgence, c’est la sécurité des cyclistes. Après le tragique accident d’il y a quelques semaines, j’ai mis en place un groupe de travail, avec la Préfecture de police et la Ratp, sur les couloirs de bus non autorisés aux vélos. Nous allons élargir ceux qui peuvent l’être pour que bus et vélos puissent cohabiter. Quand ce n’est pas possible, nous signalerons clairement aux cyclistes qu’ils n’ont pas le droit de les emprunter. Nous reviendrons aussi sur certains aménagements, je pense au boulevard Saint-Marcel. Je dois consulter les maires d’arrondissement, notamment celui du 5e [Jean Tiberi], qui n’a jamais été fana d’aménagements… quels qu’ils soient. Enfin, il y a plusieurs gros projets dans les cartons, comme la place de la République, la rue de Rennes, la place de Clichy, l’avenue de Clichy ou les abords de Halles et son pôle de correspondance.
Les scooters électriques seront-ils autorisés à circuler dans les voies pour bus?
Nous allons en discuter avec la RATP et la Préfecture de police. Nous voulons inciter à l’achat de deux-roues moins polluants, de faible allure et sans bruit. Une subvention de 400 € sera proposée assez vite, d’ici la fin de l’année. Mais cela suppose l’implantation de bornes.
Où en est le projet Autolib’?
Il s’agira de voitures propres en libre-service, fonctionnant sur le même principe de liberté que Vélib’. Au lancement, fin 2009, on aura 500 à 700 stations (en surface ou en parking), pour 2.000 véhicules (électriques et hybrides). Vous pourrez prendre une voiture à un endroit et la rendre à un autre, réserver par internet un véhicule et une place dans la station d’arrivée. Les utilisateurs pourront être, par exemple, de jeunes parents : avec un nourrisson, il n’est pas facile de prendre les transports en commun. C’est le moment où on se pose la question d’acheter une voiture. Ce service proposera une vraie alternative. Autolib’ s’adressera aussi à ceux qui ont besoin de faire de grosses courses ponctuellement et aussi à ceux qui ne peuvent plus faire face aux coûts élevés d’une voiture.… On me propose des voitures à deux places, je les préfèrerais à quatre places pour mettre un siège bébé ou des enfants. Pourquoi pas des utilitaires?
Le système va être confronté aux mêmes problèmes que Vélib’: il sera enfermé à l’intérieur des frontières parisiennes…
Nous travaillons à trouver une solution pour étendre le système au-delà de Paris intra muros. Il y a plusieurs pistes; ma préférée est la création d’un syndicat mixte avec les communes limitrophes. En même temps, l’enjeu est de tenir le calendrier; plus vous mettez de monde dans un projet, plus c’est long.
Comment étendre Vélib’ au-delà du périphérique?
De la même manière. Il y a eu un référé négatif, la ville a fait appel. Je ne veux pas devancer la conclusion juridique qui tombera mi juillet, mais on peut toujours imaginer à l’avenir de passer un nouveau contrat, cette fois-ci avec les communes voisines, dans le cadre d’une structure commune. En attendant, on lance la 3e phase de Vélib’ dans Paris. On en est à 1.200 stations et 15.000 vélos en libre-service. A terme, d’ici la fin de l’année, on aura 1.450 stations et 20.000 vélos. Une chose est sûre, c’est un gros succès: 94% des usagers sont satisfaits.