09/24/2014

Frappes aériennes françaises en Irak : Questions / Réponses

irak intervention

Quelques éléments  concernant les frappes aériennes françaises opérées actuellement en Irak :

 

 

« 1) Notre action contre Daech

Quel est le rôle de la France dans la coalition contre Daech ?

Comme il l’a annoncé lors de sa conférence de presse du 18 septembre, le Président de la République a décidé de lancer l’opération Chammal1. Son objectif : apporter un soutien aérien pour réduire et affaiblir Daech, en réponse à la demande du gouvernement irakien.

Conformément à la décision du président de la République, la France a mené de premières frappes aériennes ciblées contre les positions de Daech le 19 septembre, en coordination avec les forces armées irakiennes, notamment kurdes, engagées sur le terrain, et en concertation avec nos alliés, en particulier les Etats-Unis. L’objectif – un dépôt logistique de Daech – a été entièrement détruit. D’autres actions auront lieu dans les prochains jours avec le même objectif : affaiblir cette organisation terroriste et venir en appui des autorités irakiennes.

Peut-on vraiment lutter efficacement contre Daech en se limitant à l’Irak ?

La lutte contre Daech est une lutte globale, en Irak, mais aussi en Syrie et au Liban. Il faut combattre ce groupe terroriste avec la même détermination partout où il se trouve.

C’est la raison pour laquelle nous avons soutenu les opérations conduites cette nuit en Syrie par la coalition. Pour ce qui nous concerne, nous concentrons notre action sur l’Irak, à la demande des autorités de ce pays. Nous soutenons par ailleurs l’opposition syrienne modérée, qui lutte à la fois contre Daech et contre le régime meurtrier de Bacher al-Assad.

La lutte contre Daech ne se limite pas à l’action militaire. La France contribue aussi aux efforts internationaux pour lutter contre le financement de ce groupe, contre ses opérations de recrutement, contre les filières qui facilitent l’acheminement de combattants terroristes étrangers.

La France a par exemple soutenu l’adoption de la résolution 2170 du Conseil de sécurité le 15 août dernier, qui concerne aussi la Syrie, et soutient l’initiative américaine d’une nouvelle résolution sur les combattants terroristes étrangers qui devrait être adoptée par le Conseil de sécurité le 24 septembre, en marge de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies. Enfin, la France soutient les processus politiques et diplomatiques qui permettent d’apporter aux défis de la région une réponse politique, démocratique, inclusive, respectueuse des droits de l’Homme. Ces efforts, évidemment, nous ne les limitons pas à l’Irak ; ils sont aussi au cœur de notre engagement sur le dossier syrien.

Pour quelles raisons la France a-t-elle décidé d’opérer des frappes en Irak ?

Notre intervention était nécessaire, pour au moins trois raisons :

Des raisons de sécurité, compte tenu de la menace directe et immédiate que Daech fait peser sur le monde, l’Europe et la France ;

Pour garantir la stabilité de cette région stratégique, alors que Daech, non content de semer terreur et désolation, tente de se donner les moyens de se constituer en quasi-Etat, doté d’un territoire et de ressources importantes ;

Pour honorer une demande d’assistance de l’Irak et répondre aux profondes préoccupations de nos partenaires dans la région.

Une intervention militaire directe apparaît aujourd’hui nécessaire pour dégrader la capacité offensive de Daech, qui s’est doté d’armes de guerre sophistiquées, dont une partie a été prise sur l’armée régulière irakienne.

Les frappes aériennes de précision sur des positions de Daech, sont décidées en lien étroit avec les autorités irakiennes, avec le soutien des forces armées irakiennes, notamment kurdes, et en concertation avec nos alliés, en particulier les États-Unis.

Ces frappes sont nécessaires. Elles ne sont pas suffisantes. Elles participent de la stratégie globale de lutte contre Daech. Cette stratégie a été validée par l’ensemble des vingt-neuf pays et organisations qui ont participé à la conférence internationale sur la paix et la sécurité en Irak, le 15 septembre, à Paris. La plupart font partie de la large coalition internationale en train de se construire. Les messages du communiqué de la conférence de Paris ont d’ailleurs été depuis repris par le Conseil de sécurité lors de la déclaration présidentielle adoptée le 19 septembre dernier, en présence du Ministre.

Cette stratégie globale de lutte contre Daech a pour socle le règlement politique de la crise : nous apportons un soutien résolu aux nouvelles autorités irakiennes pour la mise en œuvre d’une politique de rassemblement national, seule à même de saper les soutiens de circonstance dont bénéficie Daech.

Quelle est la base juridique de ces frappes aériennes ?

La France agit aujourd’hui à la demande des autorités irakiennes, qui ont saisi formellement les autorités françaises, le 18 septembre, par courrier officiel.

Pourquoi la France et ses alliés n’ont-ils pas cherché à obtenir une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies pour agir en Irak?

Dans la mesure où nous répondons à une demande des autorités irakiennes, qui peuvent souverainement demander à un État de les assister, l’intervention de la France s’inscrit d’ores et déjà en conformité avec la Charte des Nations Unies.

Pourquoi la France s’engage aujourd’hui aux côtés des Américains en Irak, alors qu’elle s’y était refusée en 2003 ?

La situation est totalement différente. En Irak, nous intervenons aujourd’hui contre une menace avérée et à la demande du gouvernement irakien. Nous luttons contre une organisation terroriste qui attente à l’intégrité territoriale d’un État souverain et qui représente une menace directe à la paix et à la sécurité internationales, comme le Conseil de sécurité l’a établi dans sa résolution 2170. Cette menace est reconnue comme telle par tous, à commencer par les Etats de la région. C’est aussi notre sécurité qui est en jeu en l’espèce.

2) Conséquences possibles de nos opérations contre Daech

Un groupe affilié à Daech a pris en otage un Français ; Daech appelle au meurtre de ressortissants français. Ne prenez-vous pas un risque inconsidéré en lançant ces opérations ?

Le risque serait de ne rien faire. Les égorgeurs de Daech ne nous menacent pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes. Ils veulent éradiquer tous ceux qui sont différents d’eux. Nous n’avons d’autre choix, avec nos partenaires de la communauté internationale, que d’engager et de gagner ce combat.

La France lutte contre le terrorisme depuis longtemps, sur de nombreux terrains, et elle s’est dotée, en interne, de nombreuses dispositions pour prévenir et combattre le terrorisme sous toutes ses formes. Ce dispositif a encore été amélioré, la semaine dernière, avec l’adoption d’une nouvelle loi anti-terroriste. Et des consignes très précises ont été diffusées, ces derniers jours, tant en France qu’à destination de nos ressortissants à l’étranger, pour prévenir tous risques contre nos compatriotes.

3) Réactions aux frappes en Syrie

Comment comptez-vous éradiquer l’État islamique sans frapper en Syrie ?

Nous adaptons sans cesse notre dispositif. Pour l’heure, notre priorité est renforcer les forces d’opposition démocratiques, pour leur permettre de combattre plus efficacement Daech et de résister au régime qui continue d’avoir pour premier objectif de les éradiquer. Soutenir l’opposition démocratique constitue d’ailleurs à la fois la seule façon de lutter efficacement contre Daech en Syrie sur le long terme et de maintenir la perspective d’une transition politique, seule à même de mettre fin à la crise.

Pourquoi la France ne participera pas aux frappes ciblées sur le territoire syrien décidées par les États-Unis ?

Notre priorité est d’agir le plus efficacement possible pour réduire la menace que Daech constitue pour la région et au-delà, pour la paix et la sécurité internationales. C’est à l’aune de cet objectif que le Président de la République décide de ce que doit être l’action de la France.

Nous continuons de concentrer notre action sur l’Irak. En Syrie, nous soutenons l’opposition démocratique par tous les moyens. En renforçant les forces qui luttent contre Daech sur le terrain, notre action s’inscrit ainsi en complémentarité des frappes aériennes menées par les Etats-Unis et nos partenaires de la région depuis le 22 septembre.

L’intervention des Etats-Unis en Syrie est-elle illégale ?

L’intervention des Etats-Unis en Syrie est fondée juridiquement. Elle est conduite sur la base de l’article 51 de la Charte des Nations Unies et répond à une demande explicite des autorités irakiennes pour frapper Daech y compris dans son « refuge à l’extérieur des frontières de l’Irak » pour « mettre un terme aux attaques menées contre leur pays ». Le régime de Bachar al-Assad n’a ni la capacité ni la volonté d’empêcher les attaques de Daech contre l’Irak lancées depuis son territoire.

Il y a urgence à stopper les assassins de Daech, partout où ils sont. Nous comprenons donc et soutenons la décision des Américains et des autres pays impliqués. Nous nous félicitons des coups portés aux fanatiques de Daech. »