01/22/2010

EDF : SERVIR LE PUBLIC OU SE SERVIR DANS LE BIEN PUBLIC ?

Voir M. Proglio prendre la tête d’EDF tout en restant le patron de Veolia est choquant pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, pour le montant de son salaire. Qu’il ai finalement, et sous la pression médiatique et populaire, refusé de toucher 450.000 euros de la part de Veolia ne change rien au fond du problème. Il devrait réussir à survivre avec le seul salaire versé par EDF, 1,6 millions d’euros. La vraie question est de savoir si un homme seul est assez utile à la société pour justifier d’être payer 1.500 fois le SMIC ? Bien sur, il n’est pas le seul et c’est tout le système financier actuel qui déraille en offrant à quelques privilégiés des rémunérations totalement indignes. Mais ce n’est pas une raison pour s’habituer à ce genre de chiffre. Je rappelle d’ailleurs que nous avions déposé à l’Assemblée, il y a quelques mois, une proposition de loi plafonnant le salaire des dirigeants d’entreprises bénéficiant de fonds publics à 25 fois le SMIC. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi la droite s’était empressée de la rejeter…
C’est choquant ensuite à cause du mélange des genres. Le gouvernement invente une situation inédite où le PDG d’une de nos plus grandes entreprises publiques est aussi, en même temps, le patron d’un des plus grands groupes privés. Quand on sait qu’EDF et Veolia sont sensées être en concurrence sur certains marchés énergétiques, on voit bien le côté anormal de cette situation.

Enfin, c’est choquant car c’est un épisode de plus dans la dilapidation du bien public au profit de quelques privilégiés proches du pouvoir. C’est d’ailleurs particulièrement visible dans le domaine de l’énergie. La droite avait déjà donné Gaz de France au groupe privé Suez, son patron M. Mestrallet récupérant au passage d’énormes indemnités. Areva, leader mondial dans le nucléaire, a récemment dû céder sa filiale la plus rentable à Alstom et Schneider Electric, tout en restant une cible privilégiée pour le groupe Bouygues. Aujourd’hui c’est Veolia qui
récupère sans le dire EDF en partageant le même PDG.

Jusqu’à maintenant, les patrons d’entreprises et de services publics étaient de grands commis de l’Etat, travaillant à son service, pour la collectivité. Aujourd’hui le gouvernement et les amis du Président se servent dans le patrimoine public, se constituent des postes et des salaires sur mesure, mettant leur intérêt personnel loin devant l’intérêt général qu’ils sont sensés servir.

Cette dérive à beau être inacceptable, elle continue pourtant de s’aggraver. Aucun autre pays démocratique digne de ce nom n’accepterai ce genre de pratiques. Pourquoi devrions nous être le seul ?