01/10/2011

DÉBAT SUR LES 35H : TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER MOINS ?

Commencer l’année 2011 par débattre du temps de travail, c’est comme cuisiner un plat réchauffé ; on ne provoque ni enchantement, ni régal, mais éventuellement l’attente d’un dessert plus créatif. Le goût du plat déjà servi est connu puisque chacun sait aujourd’hui que le slogan préféré de Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » est un leurre.

La durée hebdomadaire du temps de travail en France est loin d’être la plus faible parmi celles des autres pays de l’Union Européenne, contrairement à la durée du chômage.

Les études faites par l’OCDE (1) nous apprennent qu’en 2009, la durée hebdomadaire moyenne du travail de l’ensemble des actifs s’élevait à 38 heures pour les Français, soit nettement plus que pour les Allemands (35,7 h), les Suédois (36,3 h), les Britanniques (36,6 h), les Suisses (35,1 h), les Norvégiens (33,9 h), les Danois (33,7 h) ou encore les Hollandais (30,6 h). Alors que l’Allemagne, après 2002, diminuait massivement le temps de travail, la France augmentait le sien. Notre taux de chômage a explosé en 2008 (9,8 % fin 2010) pendant que celui des Allemands s’est réduit (6,7 %). (2)

Ces statistiques devraient nous permettre de traiter le fameux débat sur les 35h autrement que par la caricature et le simplisme. Dans une période de chômage de masse, la réduction du temps de travail est un moyen puissant pour sauver et créer des emplois. Toutes les études sérieuses s’accordent à reconnaître un impact des 35 heures compris entre 300.000 et 400.000 création d’emplois au début des années 2000. Il est toujours utile de rappeler que de 1997 à 2002 la croissance française a été très supérieure à la croissance européenne, et que 2 millions d’emplois ont été créés (ce qui reste un record depuis la fin du 19e siècle). Ne faut il pas mieux baisser le temps de travail dans les entreprises en difficultés plutôt que de licencier les salariés ?

Mais la droite a fait des 35h le bouc émissaire de tous ses échecs économiques depuis 8 ans. Pour elle, il s’agit d’un enjeu politique et idéologique qu’elle n’est pas prête de lâcher malgré l’histoire du développement économique des pays industrialisés. On produit en une heure de travail 20 fois plus qu’en 1870 et on travaille 2 fois moins longtemps. C’est dans les pays les plus développés que la durée hebdomadaire du travail est la plus faible et dans les moins développés qu’elle est la plus longue.

Depuis 2007, le gouvernement a préféré subventionner les heures supplémentaires, ce qui a fortement aggravé la situation en décourageant l’embauche.

Comme sur la question des retraites, la droite refuse d’élargir les débats pour engager une vraie réflexion sur l’aménagement du temps de travail tout au long d’une vie. A nous de nous en emparer à nouveau.

(1) On trouvera les statistiques correspondantes dans les publications de l’OCDE :
http://stats.oecd.org/Index.aspx?DatasetCode=ANHRS <http://stats.oecd.org/Index.aspx?DatasetCode=ANHRS>  (durée annuelle, et sur la page suivante, durée hebdomadaire)

(2) Taux de chômage harmonisés :
http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&plugin=1&language=fr&pcode=teilm020 <http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&amp;plugin=1&amp;language=fr&amp;pcode=teilm020>