06/09/2011

INTERVENTION DÉBAT SUR LA PROPOSITION DE LOI SOCIALISTE SUR LE MARIAGE HOMOSEXUEL

M. le Président, M. le Ministre, mes chers collègues.

Qu’est ce que le mariage civil aujourd’hui ? En dehors de ces murs, chaque religion peut bien évidemment mettre ce qu’elle veut derrière le mot mariage. Mais pour nous, législateurs d’un pays républicain et laïc,  quelles sont les valeurs qui donnent son sens à ce mot ?

En France, en 2011, le mariage civil est avant tout une reconnaissance, faite par la société, de l’amour que se portent deux personnes. C’est la reconnaissance de leur union, de leur volonté de former un couple portant un projet de vie à deux.

C’est parce que l’amour n’a pas d’âge que même des personnes âgées peuvent se marier. C’est parce qu’ils ne sont pas contraints par la nécessité de la procréation que la société reconnaît également le droit  aux couples stériles de s’unir.

La loi actuelle interdit pourtant à toute une partie de la population de voir leur amour reconnu, sous prétexte qu’ils forment un couple avec une personne du même sexe.

Ce débat pour élargir le mariage aux couples du même sexe est donc, avant tout, un combat pour l’application réelle du deuxième terme de notre devise républicaine : l’Egalité.

En créant ce droit nouveau, nous permettons enfin aux personnes qui s’aiment d’acquérir une nouvelle liberté, d’obtenir la reconnaissance de la part de l’Etat que leur union est légitime, de bénéficier des mêmes droits et des mêmes devoirs.

Les parlementaires, élus de la nation toute entière, ont aussi une responsabilité morale. A travers ce texte, nous envoyons un message fort et clair qui honore la République : oui, les couples hétérosexuels et homosexuels, et à travers eux les individus qui les composent, sont égaux. Réellement et rigoureusement égaux.

C’est un symbole nécessaire aujourd’hui qui doit participer à l’ouverture des consciences et à l’apaisement des rapports entre les individus. Car même si la reconnaissances et l’acceptation de l’homosexualité progresse dans notre société, l’homophobie, elle, reste prégnante.

Le rapport sur l’homophobie de 2011, publié par l’association SOS Homophobie, nous en donne encore une fois la preuve. Ce sont plus de 1.500 témoignages de victimes qui ont été recensées rien qu’en 2010. Il ne représente pas une vision exhaustive du phénomène en France, mais une esquisse éclairante sur ce que vivent au quotidien une partie de nos concitoyens.

Il démontre à quel point ce mal insidieux est répandu dans toutes les sphères de notre société. Les cas de violences physiques sont bien sûr les plus graves. On ne compte plus les personnes seules ou les couples agressés, insultés, menacés, frappés, envoyés à l’hôpital juste parce qu’ils sont homosexuels. Ou encore les pressions exercées par le voisinage ou les collègues de bureaux, qui pourrissent la vie au quotidien. Et cela souvent dans la plus totale impunité.

Les discours stigmatisants tenus publiquement encouragent également ces comportements. Certains propos de rappeurs, sportifs ou célébrités quelconque ont émaillé l’actualité ces derniers mois. Ceux-ci font des dégâts auprès de ceux qui apprécient ces personnages publics, notamment chez les plus jeunes. Mais pour quelques phrases qui font scandale, combien d’insultes sont banalisées, combien d’interventions ouvertement homophobes ne sont même pas relevées.

Les propos de ce genre sont encore plus choquants lorsqu’ils sont prononcés dans les murs même de notre Assemblée. Ceux qui les tiennent ont semble-t-il été interdit d’hémicycle aujourd’hui.

C’est la loi elle-même qui, à travers cette discrimination institutionnelle sur le mariage, accrédite cette inégalité et, de fait, encourage la discrimination. En laissant la situation telle quelle est, ou pire en refusant comme vous le faite une évolution de notre droit, vous accréditez la raison sous jacente à cette discrimination : les homosexuels seraient inférieurs aux hétérosexuels.

C’est pourquoi il est donc temps de sortir de cet archaïsme. Oui, les hommes et les femmes doivent bénéficier des mêmes droits, quelque soit leur orientation sexuelle. Oui, le parlement doit poser cet acte fort et symbolique en supprimant cette discrimination légale qui n’a que trop durée.