05/27/2014

Conférence de presse à l’Assemblée nationale

conf presse 27 mai 2014Gravité et Unité sont les deux mots qui résument le mieux la réunion du groupe socialiste à l’Assemblée nationale de ce matin.

C’est un dimanche noir pour la France et pour l’Europe: 

C’est la première fois dans toute l’histoire de la République que l’extrême-droite arrive en tête d’un scrutin national et c’est un choc tant pour l’image de la France que pour sa cohésion.

C’est la première fois de toute l’histoire de l’Union Européenne que le parlement compte 150 députés qui veulent détruire l’Europe. 

 La France n’est pas la seule à connaître une poussée des partis europhobes. Elle existe dans tous les pays de l’Union (Danemark, Italie Belgique, Autriche, Royaume-Uni…). Même l’Allemagne n’est pas épargnée.

Pour l’Europe

La première conséquence, c’est le nécessaire changement de l’Europe. 

Le Président de la République a raison de se battre pour la réorientation de l’Europe. Les prochains rendez-vous des conseils européens sont à cet égard cruciaux. Des décisions majeures doivent en sortir sur la réorientation de la stratégie européenne en matière de croissance, d’emplois, de programmes industriels, d’harmonisation sociale ou fiscale. 

L’Europe n’a plus le choix. Elle doit se recentrer sur ses domaines essentiels. L’époque ultra-libérale est révolue.

 

Cette réorientation, nous l’avons déjà commencé. J’en veux pour preuve le projet de loi de réforme ferroviaire, qui sera étudié aujourd’hui et demain en commission développement durable.

Depuis 20 ans, le libéralisme dominant à Bruxelles nous a poussés à déréguler les marchés et à casser des entreprises publiques, même quand elles fonctionnaient bien. L’échec de la séparation de la SNCF est un exemple frappant : perte d’efficacité, surcoûts, difficultés à coordonner les travaux et la circulation des trains…

Nous avons donc poussé l’Europe à faire évoluer son modèle, ce qui nous permet aujourd’hui de remettre dans la même structure la SNCF et RFF, les trains et les rails. Cela renforcera le service public ferroviaire dans l’intérêt des usagers, dans l’intérêt des salariés et dans l’intérêt de la nation toute entière. Cela devrait, par exemple, nous éviter de devoir raboter les quais des uns pour faire passer les trains commandés par les autres!

 

Pour la France

En France, il est certain que l’onde de choc provoquée par le score du FN ne peut pas rester sans réponse. L’extrême-droite s’est nourrie de la crise et de l’impuissance des majorités successives à réformer les grands systèmes grippés de notre pays.

Le combat contre le FN ne peut plus se résumer aux postures morales. Il doit se livrer sur tous les terrains, l’économie, le social, le culturel… Il doit opposer un patriotisme républicain de grande envergure à la tentative des Le Pen d’en faire une arme de destruction massive des valeurs d’égalité, de justice, de protection collective que la France a construites et véhiculées dans le monde.

Il est certain que le mauvais score du PS et de la majorité ne facilite pas la mise en œuvre du redressement de notre pays. Mais nous avons une conviction : ce n’est pas en renonçant que nous vaincrons le scepticisme et le Front national, c’est en prouvant concrètement que cette politique de réformes est la seule capable de remettre la France debout et d’améliorer la vie des Français.

La première priorité, c’est de répondre sans délai au désarroi des classes populaires et des classes moyennes qui sont en première ligne de la bataille économique. L’annonce du Premier ministre d’aller plus vite et plus loin dans la baisse des impôts répond aussi à cet impératif. On ne peut plus demander aux Français d’assumer le chômage et la fiscalité. Les deux doivent baisser significativement d’ici la fin de l’année.

La deuxième priorité, c’est de traduire beaucoup plus rapidement cette politique de redressement dans la vie de nos compatriotes. Les réformes doivent se répercuter sans délai dans le quotidien des Français. Cela veut dire la mobilisation totale de la majorité et des services de l’Etat. Nous n’avons plus le temps ni les capacités de nous perdre dans des querelles théologiques. Nous sommes en état d’urgence de résultats. Nous devons réussir de front l’accélération des réformes, la réduction des déficits et la redistribution sociale.

La troisième priorité, c’est la bataille culturelle. Tous les résultats électoraux de ces derniers mois montrent que l’extrême-droite en France et en Europe attire de plus en plus d’électeurs de gauche. Il nous faut aujourd’hui reconstruire notre logiciel, le mettre en adéquation avec les questions identitaires qui travaillent aujourd’hui en profondeur la société française.     

 

Pour la gauche

Ce sursaut doit venir de toutes les forces républicaines. Ni l’extrême-gauche, ni le Front de gauche, ni les écologistes ne profitent des difficultés du Parti socialiste. L’unité de la gauche doit redevenir le premier rempart contre l’extrême-droite.

Face à une telle secousse, les partis républicains doivent avoir le courage de se remettre en question. Sur des sujets majeurs comme la réforme territoriale, la sécurité ou la politique d’immigration, il faut avoir l’audace de construire des grands compromis républicains qui répondent durablement aux problèmes et montrent que les solutions ne sont pas à l’extrême-droite.  Ce qui compte c’est l’avenir de la France, pas nos intérêts de parti.

Quant à l’UMP, force est de constater que sa course perpétuelle derrière l’extrême-droite l’a conduite dans une impasse qui menace jusqu’à son existence. Je veux espérer que la grande explication qui s’ouvre en son sein sera utile à son avenir et à celui du pays.

 

L’affaire Bygmalion à l’UMP

 

Mais dans ce contexte l’affaire « big millions » de la campagne Sarkozy est un désastre absolu ! Une affaire de plus qui tourne autour de Nicolas Sarkozy. Il devra s’expliquer sur les accusations dont il est l’objet de la part de ses propres amis.

L’UMP n’a rien compris, rien appris, rien retenu de la volonté de moraliser les pratiques politiques. C’est toujours en son sein, la loi de l’argent et des fausses factures. Les aveux de ceux qui ont participé à ce montage sont accablants.

En revanche, j’ai une pensée compatissante pour les militants qui ont dû après coup mettre la main à la poche et rembourser les « big millions » de Sarkozy.

Quoi qu’il en soit, quand un ancien chef de l’Etat se trouve mêlé à un tel scandale, c’est un coup terrible porté à la République et à ses institutions.