06/28/2011

CANNABIS : SORTIR DE L’ÉCHEC

Il était temps que le débat sur la légalisation du cannabis soit enfin lancé de façon sérieuse dans la société française. C’est désormais chose faite grâce au travail et aux auditions que nous avons mené depuis 15 mois avec plusieurs députés socialistes, sous la houlette de Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur.

Beaucoup d’idées reçues circulent sur cette substance que plus de 12 millions de français ont déjà essayée. Pour que le débat soit constructif, il faut d’abord sortir des clichés.

Des études scientifiques ont été réalisées depuis de nombreuses années, notamment par par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Elle sont toutes arrivées à la même conclusion : le cannabis est une substance qui peut avoir des conséquences sur la santé, si elle est consommée en trop grande quantité ou trop jeune, mais elle se révèle moins nocive que le tabac et l’alcool, qui sont eux autorisés.

Pourtant, son usage est aussi sévèrement réprimé que celui de la cocaïne et de l’héroïne, drogues dépendantes et destructrices. L’idée répandue selon laquelle le cannabis entraînerait forcément le passage vers des produits plus dangereux est aussi contredite à la fois par les faits et par la science.

La conséquence directe de cette politique de prohibition est la création de réseaux mafieux qui pourrissent la vie quotidienne de trop nombreux quartiers. L’interdiction du cannabis en France a d’ailleurs aboutit à une situation qui rappelle beaucoup celle de l’alcool aux Etat-Unis dans les années 30. La consommation était restée élevée et la mafia s’était emparée de la production et de la distribution de produits de mauvaise qualité. Quand l’alcool a de nouveau été autorisé, la pègre a disparue de ce marché en peu de temps.

Notre ambition est la même : supprimer la raison d’être des trafiquants.

Le système de légalisation contrôlée encadrera la production de cannabis, la distribution et de fait la consommation, qui sera interdite aux mineurs. Une vraie politique de prévention sera mise en place pour informer réellement les consommateurs afin de réduire et mieux maîtriser la consommation.

De nombreux pays ont déjà tenté des expériences d’assouplissement de leur législation. Les personnes qui s’y opposaient craignaient toujours que cela aboutisse à une hausse de la consommation. Hors, que ce soit au Portugal, au Pays-Bas ou dans tous ces autres pays précurseurs, la consommation a baissé. La France est aujourd’hui l’un des pays ou la loi est la plus dure sur le sujet, ce qui ne l’empêche pas d’être aussi l’un des plus consommateurs. L’interdiction pure et simple ne fonctionne pas et l’amélioration de la santé publique nécessite aujourd’hui de passer par une autre politique.

Cette conclusion, nous ne sommes pas les seuls à l’avoir faite. La Commission Mondiale sur la politique des drogues, composée d’anciens Présidents d’Etat d’Amérique du Sud, d’un ancien Secrétaire Général de l’Onu et de nombreux spécialistes de la question, a fait le même constat. La « guerre totale contre la drogue » est un échec et relève plus aujourd’hui de l’utopie et de la communication politique. Elle a rendu les mafias plus puissantes que jamais sans empêcher la forte hausse de la consommation constatée. Même aux Etat-Unis, plusieurs membres du Congrès, aussi bien Démocrates que Républicains, ont déposé un projet de loi visant à légaliser le cannabis.

Notre projet n’est donc pas une idée isolée, elle s’inscrit dans un mouvement international de remise en cause d’une politique qui a échoué depuis 40 ans et qui a coûté très cher à nos sociétés. Comme toute idée nouvelle, elle doit affronter le scepticisme et les conservatismes, mais je ne doute pas que nous saurons convaincre le plus grand nombre de la pertinence de nos propositions.

Retrouvez ici le rapport complet du groupe de travail socialiste sur le Légalisation contrôlée du cannabis