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16 Juin 2015

Une école pour se remettre en selle 

Capture d’écran 2015-06-16 à 17.33.22« Un journaliste arrive dans un quart d’heure, qu’est-ce qu’on lui dit pour présenter l’école de la deuxième chance ? » Tous les convives du petit déjeuner sont interloqués, mais jouent le jeu. Autour de la table, formateurs, élus, professionnels et jeunes s’interrogent et s’expriment pèle-mêle. Le chef d’orchestre de cette opération faussement cacophonique, Denis Bouchard, président de l’E2C Paris, sollicite en tout premier lieu quatre jeunes de son école, venus participer à la rencontre.

Les stagiaires, c’est ainsi qu’on nomme ceux qui « étudient » à l’école de la deuxième chance, sont au bout de la table et doivent répondre aux gentilles provocations de leur président.

Ce jeu de rôle qui incite les jeunes à développer leur raisonnement se poursuit pendant une heure et demi. Et même quand le masque tombe, certains continuent de guetter le journaliste dans l’embrasure de la porte.

La méthode employée par Denis Bouchard a le mérite de délier les langues et de construire un raisonnement collectif très abouti. Ça commence par un pourcentage : 17,5% soit 150 000 jeunes qui sortent chaque année  du système scolaire sans diplôme, ni bac, ni brevet, ni CAP. Denis Bouchard le pédagogue illustre le propos : « vous voulez dire que si on transpose, si on était Airbus, 17,5% de nos avions tomberaient ? C’est acceptable ? » . Non, bien sur que non. Le président poursuit, « on n’est pas contre l’école de la République, mais il faut qu’il y est d’autres solutions. A l’école, on parle de diplôme, dans l’entreprise de compétences ».

C’est un peu ça, le discours de Denis Bouchard, l’école n’est pas toujours adaptée à tous, et chacun possède des talents qu’il peut valoriser, pourvu qu’on lui donne une chance de l’exercer.

Ici, on ne parle pas de professeur, de note, ou de diplôme.  Ici, il est question de formateurs et d’attestations de compétences acquises. Le choix des mots est délibéré et il fait parti du programme. A l’école de la deuxième chance, on partage son temps entre des formations en français, en maths, en culture générale et en informatique, et des stages en entreprises que les jeunes se dégotent eux-mêmes.

 « E2C ce n’est pas seulement un bureau de placement ».

Dans cette école un peu spéciale, on apprend surtout à retrouver confiance en soi, à se remettre en selle et à trouver enfin la voie qui convient à chacun. Les passages à l’E2C ne durent que 8 ou 10 mois avec pour ambition de remettre chacun sur les rails en lui donnant une deuxième chance, justement.

A 10h30, c’est officiel, il n’y aura pas de journaliste, mais qu’importe, une énergie folle se dégage de la salle. Une énergie qui ressemble à de l’espoir. Celui de se dire qu’avec ce genre d’école on tente de ne plus laisser certains jeunes au bord du chemin. A un moment où l’on réforme le collège, il est bon de soutenir des initiatives qui vont dans le même sens en donnant à chacun sa chance ou même sa deuxième chance !

A Paris, l’école de la deuxième chance compte deux établissements dans le 18e arrondissement. Dans toute la France, les écoles de la deuxième chance concernent près de 15 000 élèves.