20 Jan 2015

Conférence de presse à l’Assemblée nationale

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Au cours de ma conférence de presse j’ai parlé de sécurité contre le terrorisme, de la République, de l’école, du débat sur la fin de vie et de la loi Macron :

Je veux d’abord souligner notre volonté politique et celle de tous les partis républicains d’élever le débat public à la hauteur de la tragédie nationale que nous avons vécue.

A commencer par la fermeté républicaine et les mesures annoncées par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve pour améliorer notre sécurité intérieure et extérieure.

– Le renforcement des moyens affectés aux services de sécurité et de renseignement. (Rappel : ce sont les gouvernements Ayrault et Valls qui ont stoppé la RGPP dans la police et la gendarmerie et augmenté les effectifs continûment depuis 2012) avec un renforcement des fichiers et une amélioration de la collecte de renseignement.

– Le plan de lutte contre la radicalisation djihadiste en prison et sur Internet.

– La création d’une peine d’indignité nationale qui, pour symbolique qu’elle soit, aurait la vertu de rappeler que prendre les armes contre son pays est de même nature que la collaboration avec l’occupant pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Bernard Cazeneuve a consulté tous les anciens ministres de l’Intérieur et ces propositions font consensus.

La force aussi de ces mesures qui seront adoptées demain est d’être proportionnée aux menaces sans porter atteinte aux libertés et à l’Etat de droit. Cet équilibre est la marque d’une grande démocratie.

Concernant la commission d’enquête parlementaire, nous sommes arrivés à la conclusion que celle qui a été formée sur l’activité des réseaux djihadistes, président Eric Ciotti (UMP), rapporteur Patrick Menucci (PS), est parfaitement outillée pour tirer les leçons de ces évènements tragiques avec notamment le pouvoir d’auditionner tous les responsables de la sécurité. En créer une nouvelle retarderait le travail et occasionnerait des doublons.

L’Ecole et le civisme

Mais on voit bien que cette tragédie va au-delà des questions de la sécurité ; « L’audace réformatrice » à laquelle appelle justement le chef de l’Etat François Hollande a pour finalité de faire revenir la République partout où elle s’est affaiblie, de prendre à bras le corps toutes ses failles non résolues. J’en citerai deux, l’école et le civisme :

Les annonces que feront demain le président de la République et la ministre de l’éducation doivent être l’acte II de la refondation de l’école lancée en 2012 et qui s’est trop souvent résumée pour les Français aux rythmes scolaires et à la notation. Il manque un cadre, une déclaration de principes qui donne une cohérence à cette refondation. Cette cohérence, c’est rendre à l’école sa mission première qui est la transmission des savoirs et des valeurs de la République.

Cela veut dire des choses très concrètes :

– Recentrer les enseignements sur les matières qui créent un sentiment d’appartenance à la République et à la communauté nationale : l’acquisition de la langue française, le récit de notre Histoire, une éducation civique et laïque plus forte et plus simple.

– Redonner autorité et considération au corps enseignant qui ne doit plus être contesté dans ses missions et doit retrouver la plénitude de sa mission pédagogique.

– Nous avons fait beaucoup pour l’école, redevenue le 1er budget de l’Etat en 2015. Surtout nous avons restauré la formation et la considération des enseignants. Mais il faut que nous soyons tous d’accord pour arrêter de demander à l’école de résoudre tous les problèmes.

Dans le même esprit, nous pensons que l’extension voire la généralisation du service civique à tous les jeunes de 16 à 26 ans serait un instrument formidable d’intégration et de transmission des valeurs. La disparition du service national a laissé un vide dans l’apprentissage de la citoyenneté et du brassage social. Le service civique aiderait à le combler en reconstituant une chaîne de solidarité au sein de la communauté nationale. Il comporte un coût, des obligations, c’est vrai. Mais la République ne peut se résumer à une carte d’identité. Elle demande aussi un engagement, un don de soi-même à la collectivité.

Un large accord existe sur cette réforme au Parlement et dans la société. Alors faisons-la. La France s’y grandira collectivement.

Les violence contre la France

Un dernier mot pour dire que nous condamnons avec la plus grande force les violences qui ont été perpétrées par des groupes extrémistes dans des pays amis à la suite de la publication du dernier numéro de Charlie Hebdo. C’est une nouvelle blessure après les attentats qui nous ont endeuillés. La France respecte toutes les croyances et tous les peuples, elle défend leurs libertés en Afrique et au Moyen-Orient. Mais elle n’acceptera jamais de céder un pouce à ceux qui violentent ses principes de liberté d’expression et de laïcité.

Débat sur la fin de vie

Le deuxième sujet que je souhaite aborder avec vous concerne le débat de demain sur la fin de vie.

Comme vous le savez, les sondages montrent que, quelles que soient leurs opinions et leurs croyances, 90% des Français sont favorables à une évolution de notre législation reconnaissant au malade la liberté de choisir sa mort. Le vieillissement, la confrontation aux souffrances de la fin de vie ont puissamment contribué à cette évolution. C’est l’engagement 21 du Président de la République.

La proposition de loi Claeys / Leonetti, née du grand débat national ouvert par le président de la république il y a un an, a réussi à surmonter les blocages en s’inspirant du rapport Sicard et de celui que ces deux députés ont rédigé il y a quelques mois.

Le premier acquis de ce texte est de reconnaitre que la loi actuelle est insatisfaisante et qu’il faut l’améliorer.

Le deuxième acquis est de donner le pouvoir de décision au malade. Jusqu’à présent seul le médecin pouvait décider d’une sédation terminale.
Avec la légalisation des directives anticipées, avec le droit reconnu à un parent choisi de faire respecter ces directives, c’est le malade qui aura désormais le dernier mot. C’est une avancée majeure.

Faut-il aller plus loin ? Faut-il remettre en cause la sédation terminale qui reste pour certains une solution insatisfaisante et accepter qu’une aide à mourir soit rendue possible comme cela existe en Suisse ou en Belgique ? C’est la proposition de loi que défendra le groupe écologiste la semaine prochaine. Elle prolongera le débat de demain mais notre base de travail sera la proposition de loi Clayes qui nous semble avoir trouvé un bon équilibre entre la volonté de progrès et la nécessité de recueillir l’adhésion la plus large.

Le travail préparatoire sur cette proposition de loi sera ouvert à tous les députés. Le groupe la soutiendra mais sur un sujet aussi personnel, il nous parait évident que chaque député puisse avoir la liberté de conscience.

Projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques.

Je termine cet échange avec François Brottes et Richard Ferrand, président et rapporteur de la commission spéciale sur le projet de loi croissance, pour les remercier du travail magnifique que leur commission a réalisé. Ils ont poussé la vertu jusqu’à travailler le dimanche pour débattre du travail dominical. En chiffre cela donne un bilan de 82 heures de débat, 1.743 amendements examinés dont 495 adoptés.

Tous ceux qui ont suivi les débats et qui connaissent le Parlement disent que c’est l’un des plus beaux exemples de coproduction législative depuis le début de la Vè république.
On le doit au Premier ministre qui a voulu ce partenariat avec l’Assemblée.
On le doit au ministre Emmanuel Macron qui a montré son ouverture d’esprit
On le doit au président et aux rapporteurs de la commission qui ont su trouver les compromis dynamiques pour sécuriser et améliorer le texte.