25 Nov 2014

Conférence de presse à l’Assemblée nationale

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Pour commencer, un mot rapide sur la deuxième lecture du budget de la sécurité sociale qui se poursuit aujourd’hui.
Le contraste est saisissant entre ce que nous faisons et ce qu’a voté la droite au Sénat.

– D’un côté, la modulation des allocations familiales qui favorise les classes populaires et les classes moyennes. De l’autre le relèvement du quotient familial qui profite aux plus aisés.
– D’un côté, la suppression des franchises médicales et le tiers-payant pour les plus modestes, de l’autre 1 milliard de déremboursements supplémentaires pour l’assurance maladie.
– D’un côté, l’extension de l’allocation-équivalent retraite et le compte pénibilité, de l’autre le recul de l’âge légal de la retraite.

Pour ceux qui l’avaient oublié, la justice sociale, c’est toute la différence entre un budget de gauche et une politique de droite.

LA REFORME TERRITORIALE

1/ Nous arrivons au terme de cette réforme qui a permis de repenser l’organisation géographique de la France. Le débat a été riche, parfois houleux. Rien de plus de normal quand on touche aux racines et à l’identité des territoires. Mais il faut savoir terminer une réforme. Ça fait 20 ans que chacun dénonce le mille-feuilles territorial et professe la nécessité d’en changer. C’est maintenant ou jamais qu’il faut passer à l’acte. Le vote de cet après-midi est le choix entre une ambition modernisatrice qui transcende les différences et la tentation d’un pays-musée qui s’enferme dans ses querelles identitaires et frontalières.

2/ Sur les deux sujets qui ont animé cette deuxième lecture, l’Alsace et le droit d’option, nous avons défendu notre cohérence : des régions plus grandes et plus fortes qui reposent sur une complémentarité économique, humaine et historique. Une Alsace isolée aurait contredit cet objectif et ouvert la porte à toutes les revendications identitaires. Il en va de même pour l’assouplissement du droit d’option qui aurait créé une instabilité permanente en focalisant toutes les discussions sur la question de la région d’attache plutôt que sur les projets de développement économique et social.

3/ Avec cette nouvelle carte régionale, nous mettons la décentralisation en ordre.
– Au premier étage, des métropoles qui seront les poumons de l’activité.
– Au deuxième étage, des régions plus fortes qui auront la responsabilité du développement économique et de l’aménagement du territoire.
– Au troisième étage, le regroupement des communes et des départements qui permettra d’assurer le maillage social et territorial.
L’édifice sera achevé avec la nouvelle organisation des compétences et des financements dont le projet de loi est en cours de finalisation. Alors quand M. Sarkozy fait de la gonflette en promettant à ses militants de défaire ce que nous sommes en train de faire, il ferait mieux d’économiser sa salive : Il n’y aura ni abrogation, ni retour en arrière. Cette refonte de la décentralisation est un projet global et cohérent sur lequel personne ne reviendra.

LA RECONNAISSANCE DE LA PALESTINE

Ce débat à l’Assemblée pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine peut et doit être un vrai moment d’unité nationale. Depuis le discours de François Mitterrand à la Knesset en 1982, La France n’a jamais varié de position. La coexistence de deux Etats dans des frontières sûres et reconnues est la seule voie possible pour établir une paix durable au Moyen-Orient.

Force est de constater que la situation est aujourd’hui dans une impasse. Malgré les médiations de la communauté internationale, malgré les résolutions de l’ONU, le processus de paix initié par les accords d’Oslo s’est totalement bloqué. Le cycle des violences a repris, toujours plus brutal et les faucons des deux camps sont en train de l’emporter alors même que les deux peuples sont acquis à la cohabitation de deux Etats.

Face à une telle situation, le fatalisme et la résignation ne sont plus tenables. En Israël et en Palestine des centaines de personnalités ont lancé un appel à la reconnaissance de l’Etat palestinien. L’initiative se propage en Europe avec la reconnaissance par le gouvernement suédois et les votes à la quasi-unanimité des Parlements britannique et espagnol. La France qui a toujours été à la pointe de ce combat, ne peut rester en dehors. Par ses liens d’amitiés avec les deux peuples, elle peut jouer un rôle de catalyseur.

C’est le sens de cette résolution. Voter pour la Palestine, ce n’est pas voter contre Israël, c’est voter pour la paix. Et c’est pourquoi, nous tendons la main à l’opposition. Sortons des frontières partisanes. Agissons ensemble comme l’ont fait nos collègues britanniques et espagnols. Un vote unanime exprimera l’entente des Français face aux faiseurs de haine. Quand on veut la paix, on s’engage, on ne s’abstient pas.

L’AVENIR DE FLORANGE

La visite de François Hollande à Florange est une marque de respect à l’égard des ouvriers d’Arcelor Mittal et la preuve que l’Etat n’abandonne personne.

1/ Les engagements pris lors du plan de restructuration ont été tenus. Il n’y a eu aucun licenciement. Tous les salariés qui travaillaient dans les hauts fourneaux ont été reclassés et le site de Florange a reçu les investissements qui lui permettent de retrouver un haut niveau de performance et de recréer des emplois. Contrairement à ce qui est trop complaisamment répandu, l’Etat s’est battu sans relâche et c’est son volontarisme qui a sauvé Florange et sa région. L’installation d’un centre de recherche métallurgique, financé sur fonds publics contribuera à cette réindustrialisation.

2/ La loi Florange sur la reprise des sites rentables a été votée et elle vient de produire son premier résultat avec le rachat d’une entreprise limousine que son propriétaire voulait fermer. C’est un point d’appui important pour les régions confrontées aux délocalisations ou aux fermetures.

3/ Ce qu’a fait l’Etat à Florange, il le fait partout où des sites productifs sont menacés. En deux ans et demi, ses interventions pour éviter les fermetures d’usines ont permis de sauver près de 40 000 emplois. Je peux comprendre que les salariés ne perçoivent pas clairement le bénéfice de ce volontarisme. Il existe un décalage entre les décisions et la réalité souvent dure qui est vécue sur le terrain. Mais j’ai la conviction qu’on l’apprécierait différemment si une partie de la gauche elle-même passait plus de temps à valoriser sa propre action qu’à la dénigrer.

LE RAPPORT FRANCO-ALLEMAND

Nous avons le chic en France de répandre l’anxiété en débattant de rapports dont personne ne connaît la moindre conclusion.

Pour ma part, je note d’abord que la France et l’Allemagne ont la volonté de concevoir une stratégie commune pour combattre la stagnation et relancer la croissance. Dans le climat du chacun pour soi qui règne en Europe, c’est une initiative importante qui peut servir de déclencheur à la reprise.

Concernant les prétendues préconisations du rapport, permettez-moi de dire que si elles sont exactes, elles n’ont aucune chance de voir le jour.

1/ Les 35 heures ne sont pas le problème de l’économie française. De nombreux assouplissements ont été apportés depuis 10 ans et l’Accord national interprofessionnel (ANI) signé il y a deux ans permet déjà aux entreprises de négocier la modulation du temps de travail pour faire face aux difficultés de conjoncture. Aller plus loin serait contreproductif. On ne combat pas le chômage en demandant à ceux qui travaillent de travailler plus longtemps.

2/ Le gel des salaires n’est pas non plus à notre programme. D’une part parce les salaires relèvent des entreprises et de la négociation avec les syndicats. D’autre part parce que le blocage des salaires conduirait à la déflation et à la récession, soit le contraire du but recherché.

3/ La croissance ne viendra pas d’une nouvelle cure d’austérité, mais d’un plan d’investissements massif de l’Europe. Le président de la Commission a mis des propositions sur la table. Cessons d’ergoter, mettons-nous d’accord sur les financements et passons à l’acte.

LE 40è ANNIVERSAIRE DE LA LOI VEIL

L’hommage que va rendre demain l’Assemblée à l’adoption de la loi Veil il y a quarante ans est pleinement justifié.

La loi Veil, c’est un pas de géant qui a été franchi dans l’égalité entre les hommes et les femmes. A la suite de de la loi Neuwirth qui a autorisé la contraception quelques années plus tôt, la légalisation de l’IVG a consacré le droit des femmes à disposer de leur corps. Donner la vie est devenu un choix, une liberté qui a profondément transformé le visage de la famille et ouvert la voix à tous les progrès qui ont suivi : la pleine égalité des droits entre l’homme et la femme, la reconnaissance de la diversité des familles, le mariage pour tous…

La loi Veil, c’est aussi la victoire du courage en politique. Courage de ces milliers de femmes qui ont osé braver la loi et le conformisme pour obtenir la reconnaissance de leur droit. Courage de la ministre Simone Veil qui a dû affronter une campagne d’insultes et d’ignominies dans la rue et au sein de sa propre majorité. Courage de la gauche qui a porté cette réforme à bout de bras et sans laquelle la loi n’aurait jamais été votée.

Mais ce que dit aussi cet hommage et la résolution qu’adoptera l’Assemblée nationale, c’est que ce combat n’est jamais terminé. Le droit à l’IVG reste contesté, voire empêché par l’action des groupes intégristes ou par le manque de services spécialisés. D’autres progrès sont encore à accomplir : le recul des violences faites aux femmes, l’égalité professionnelle, l’accès à la PMA, le droit à sa fin de vie… Chaque fois, il faut affronter les mêmes résistances, combattre les mêmes intégrismes. C’est le message que nous lègue la loi Veil : ne jamais renoncer.